14 février 2010

Mon cv de supermarché

Partons du principe que toute expérience est bonne à prendre.
En maths, on appelle ça un axiome.  Ça ne se démontre pas.

Prenons l'exemple d'un entretien d'embauche.
Au hasard, moi, vendredi, à Paris.
Je me rends donc dans cette librairie spécialisée jeunesse de la Rive Gauche. Un temple de la culture, une référence professionnelle, un repaire d'instit impliqués (si si ça existe encore).
C'est beau, c'est calme. Je me vois déjà faire partie de l'équipe, évoluant entre les rayons petite enfance et contes européens, partageant mon savoir à des clients buvant mes paroles. Un rêve ...

Et puis BAM.
Retour à la réalité.
Level 1, début de l'entretien, entrée en scène de Boris. Boris c'est pas le roi des soirées disco, c'est le fils du patron. Le responsable RH. Spécimen mâle, la trentaine, le cheveu fou comme les bobos du quartier. Pas d'alliance.

Donc la fille de l'équipe qui porte le même nom de famille, c'est sa soeur, c'est ça ?

Entretien métaphysique option Jacques Tati.
lui : de quoi avez vous peur ?
(si je dis des araignées et qu'on me pousse sous le métro, je passe pour une folle ?)
moi : du chômage (je ne sais toujours pas, après une nuit de réflexion, ce que j'aurais pu répondre qui soit valorisant)

Lui : aimerait bien qu'on fasse une simulation. De vente, je précise.
Moi : je risque gros et je décline poliment. Je ne sais pas jouer. Je vis. Je travaille. Je vends. Mais jamais je ne fais semblant.

Pas découragé pour deux sous, il ne s'arrête pas là, le bougre.
lui : que faites vous quand vous êtes fatiguée ?
moi : je me lave les cheveux ...

Et c'est à ce moment précis que mon stress est parti. Ce genre de question absurde, ça vous emporte dans un univers parallèle, où rien n'est grave.

Malgré mes réponses un peu space, je passe au level 2. Entretien suivant : le père. Qui dirige les 4 librairies du groupe. Je suis impressionnée mais aussi je me dis que c'est bien parti.
Et là VLAN.
Le père découvre mon cv.
Du Leclerc.
Du Virgin.
Dans le monde de la Librairie avec un grand L, c'est pas la gloire.
C'est genre caissière ou balayeur, c'est dire.

Je suis habituée à devoir justifier mon cv. Expliquer qu'on peut être libraire n'importe où.
Ce qui m'a horripilé, c'est que le monsieur, plutôt que de dire franchement que mon expérience ne convenait pas au niveau de qualité de son équipe, a passé 1 heure 40 (montre en main) à me faire la leçon sur la différence entre sa vraie librairie et les vendeurs de livres (prononcez du bout des lèvres pour bien marquer la différence de caste)comme la Fnac.
Il s'écoutait parler, assis sur sa chaise, et tout ce que je voyais, c'est son nombril, parce que le bouton de sa chemise avait dû exploser sous son gros ventre. Trèèèès distingué. Pas très Libraire Rive Gauche, pour le coup.

Je suis sortie vidée et en colère.

Fatiguée d'avoir supporté les leçons de morale. Les jugements sur ma vie. Le mépris à peine déguisé pour les petites gens.

Frustrée de ne pas avoir le temps d'aller au magasin de scrap comme je l'avais prévu. Entretien à 15h30, fini à 16h au max 16h30. Allez il me restera facile 2 heures pour fouiner dans les papiers, les tampons, les pochoirs ... Que dalle.

Du coup, je me demande.
Que m'apporte cette expérience ?

Vous développerez votre réponse en 150 mots max. Copie à rendre sous une semaine. On n'écrit pas dans la marge, merci.

Posté par mllelouise à 20:20 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Mon cv de supermarché

    tu peux faire du bon boulot n'importe où, à la fnac comme ailleurs... si il a pas compris ça le mec, c'est un con

    Posté par flou, 14 février 2010 à 21:10 | | Répondre
  • L comme Looser

    Ce qui est dommage c'est que le job te plaisait, que du coup les usager de cette Librairie n'auront pas le bonheur d'être conseillé par toi mais sinon pour le reste il ne te mérite pas!!! J'adore ton cran et tes réponses!!!
    je promets de développer le sujet mais je ne garanti rien pour la marge!!!

    Posté par Champagne, 15 février 2010 à 21:10 | | Répondre
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